Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/70

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une supposition au sujet de ce que nous ferons dans une situation future, bien que nous regardions souvent cette supposition comme une décision. Si, par exemple, en vertu d’un projet, un homme a accepté très sincèrement et même très volontiers l’obligation, au sujet d’événements encore cachés dans l’avenir, de faire ceci ou cela, rien n’assure par là qu’il la remplira ; il faut du moins que la nature de cet homme soit telle, qu’elle lui impose partout et toujours sa promesse donnée comme un motif suffisant, que le sentiment de son honneur fait agir sur lui à l’instar d’une contrainte étrangère. Mais en dehors de ce qu’il fera si ces événe-ments se produisent, on ne peut prévoir la chose, et, dans ce cas, avec une pleine certitude, qu’à l’aide d’une connaissance juste et exacte de son caractère et des circonstances extérieures sous l’action desquelles il tombe. Cela est même très facile, si on l’a vu déjà une fois dans une situation semblable ; il fera infailliblement la même chose la seconde fois, à supposer que, dès la première, il ait reconnu soigneusement et à fond les circonstances. Car, comme je l’ai souvent remarqué : Causa finalis non movet secundum suum esse reale, sed secundum esse cognitum. (Suarez, Disputationes metaphysicæ, XXIII, sect. 7 et 8). Ce que la première fois il n’a pas reconnu ou compris, n’a pu agir sur sa volonté : c’est ainsi qu’une opération électrique s’arrête, si quelque corps isolant entrave l’action d’un conducteur. L’immuabilité du caractère et la nécessité des actes qui en découle s’imposent avec une rare clarté à celui qui, en une circonstance quelconque, ne s’est pas conduit comme il l’aurait dû, en manquant peut-être de décision, de fermeté, de courage, ou d’autres qualité