Page:Schopenhauer - Éthique, Droit et Politique, 1909, trad. Dietrich.djvu/74

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existe néanmoins ici, je l’ai ramenée à sa vraie significa-tion et à son origine, et en ai indiqué ainsi la cause active ; je veux seulement y ajouter ici la cause finale, par l’explication téléologique suivante de cette illusion naturelle. La liberté et la spontanéité qui, en vérité, accroissent seules le caractère intelligible d’un homme dont l’unique compréhension par l’intellect est le cours de sa vie, paraissent s’attacher à chaque action parti-culière, et ainsi l’œuvre originale est visiblement répétée dans chaque action, pour la conscience empirique. Le cours de la vie reçoit par là le plus grand (avertis-sement) moral possible, puisque ainsi seulement tous les mauvais côtés de notre caractère nous deviennent réellement perceptibles. La conscience, par exemple, accompagne chaque action de ce commentaire « Tu pourrais bien agir autrement », tandis que sa signification réelle est : « Tu pourrais bien être un autre homme » . Maintenant que, d’un côté, par l’immuabilité du caractère, de l’autre, par la nécessité rigoureuse avec laquelle s’imposent toutes les circonstances dans lesquelles ce caractère est successivement placé, le cours de la vie d’un chacun est exactement déterminé de À à Z, il faut cependant reconnaître que telle existence dans toutes ses conditions, subjectives aussi bien qu’objectives, est incomparablement plus heureuse, plus noble, plus digne que telle autre. Ceci conduit, si l’on ne veut pas éliminer toute justice, à admettre, avec le brahmanisme et le bouddhisme, que les conditions subjectives avec lesquelles chacun est né, aussi bien que les conditions objectives dans lesquelles chacun est né, sont la conséquence morale d’une existence antérieure.