Page:Schwob-Guieysse - Étude sur l’argot français, 1889.djvu/6

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Ici c’est la méthode historique qui seule a été employée. Ailleurs ce sera la méthode d’interprétation par métaphores, dont le point de départ est vicieux. De la méthode historique nul ne peut se passer ; mais il faut qu’elle soit doublée d’une méthode d’interprétation linguistique.

Le procédé du loucherbème, considéré historiquement, ne paraît pas récent. La formation lorcefé pour la Force, prison de Paris, se trouve dans le Jargon de l’argot réformé d’Ol. Chéreau. Elle ne date sans doute pas de la première édition de cet opuscule : mais on n’aura de notions précises sur la chronologie de l’argot que lorsqu’on aura suivi et collationné les diverses éditions successives du Jargon de l’argot réformé. C’est en effet à cet opuscule qu’il faut rattacher toutes les publications sur l’argot depuis le début du xviie siècle jusqu’aux Voleurs de Vidocq. Il a eu une très grande popularité ; dès son apparition il a servi au colportage. Le petit livre de Pechon de Ruby présente aussi l’aspect spécial des livres populaires. Le « docteur Fourette » raconte ses tours comme un crieur de thériaque ; pendant la guerre de Trente ans le Simplicissimus de Grimmelshausen exposera, lui aussi, l’organisation des Merode-Brüder ; le tout au grand bénéfice des foires de Francfort et ailleurs, ainsi que des merciers porteballes et colporteurs. Peut-être est-ce dans le colportage qu’il faut voir la véritable cause de l’alliance qu’établissent ces petits livres entre le langage des merciers et l’argot : ce ne serait qu’un boniment destiné à faire vendre la plaquette. Les maisons de Troyes, centre du colportage, se sont emparées du Jargon de l’argot et de la Vie des Marcelots. Ces livres ont été refondus plusieurs fois. C’est à ces modifications en vue du colportage qu’il faut rapporter des contradictions du genre suivant. Nous avons sous les yeux une édition du Jargon (Bibl. Mazarine, 46071, citée au catal. Nodier, 1844, p. 33, n° 197). Elle a été imprimée à Troyes par Jacques Oudot. Le texte du petit ouvrage commence par mentionner le nom d’Anne de Montmorency, gouverneur du Languedoc (trois fois gouverneur de 1525 à 1559), et se termine par un poème argotique en l’honneur de la prise de La Rochelle (28 octobre 1628). La dernière partie a donc été écrite vers 1629. Mais Jacques Oudot, succédant à une dynastie de six autres Oudot dans la ville de Troyes, a imprimé de 1686 à 1711. Il faut donc reporter la recomposition du livre vers 1629 et son impression entre 1686 et 1711. Il avait été imprimé en 1660 à Troyes par Yves Girardin ; plus tard, en 1728, il y sera republié. Baudot l’édite, toujours à Troyes ; Jean Oudot le reprend en 1750 (Troyes, in-18). La maison Pellerin, d’Épinal, le réédite en 1836. Enfin vers 1840 la maison de colportage Le Bailly le fait refondre par Halbert, d’Angers. Il est aujourd’hui dans le commerce du colportage.