Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/121

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I

Alain était le petit-fils d’une vieille charbonnière de la forêt.

Dans cette ancienne forêt il y avait moins de routes que de clairières ; des prés ronds gardés par de hauts chênes ; des lacs de fougères immobiles sur qui planaient des rameaux frêles et frais comme des doigts de femme ; des sociétés d’arbres graves comme des pilastres et assemblés pour murmurer pendant les siècles leurs délibérations de feuilles ; d’étroites fenêtres de branches qui s’ouvraient sur un océan de vert où tremblaient de longues ombres parfumées et les cercles d’or blanc du soleil ; des îles enchantées de bruyères roses et des rivières d’ajoncs ; des treillis de lueurs et de ténèbres ; des grands