Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/17

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Prologve. Le poète Herondas, qui vivait dans l’île de Cos sous le bon roi Ptolémée, envoya vers moi une fluette ombre infernale qui avait aimé ici-bas. Et ma chambre fut pleine de myrrhe ; et un souffle léger refroidit ma poitrine. Et mon cœur devint pareil au cœur des morts : car j’oubliai ma vie présente.

L’ombre aimante secoua du pli de sa tunique un fromage de Sicile, une frêle corbeille de figues, une petite amphore de vin noir et une cigale d’or. Aussitôt j’eus le désir d’écrire des mimes et mes narines furent chatouillées par l’odeur du suint des laines nouvelles et la fumée grasse des cuisines d’Agrigente et le parfum âcre des étals de poisson à Syracuse. Dans les rues blanches de la ville passèrent des cuisiniers haut retroussés,