Page:Schwob - La Lampe de Psyché, 1906.djvu/224

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LA PRÉDESTINÉE

Sitôt qu’elle fut assez haute, Ilsée eut coutume d’aller tous les matins devant sa glace et de dire : « Bonjour, ma petite Ilsée. » Puis elle baisait le verre froid et fronçait les lèvres. L’image semblait venir seulement. Elle était très loin, en réalité. L’autre Ilsée, plus pâle, qui se levait des profondeurs du miroir, était une prisonnière à la bouche gelée. Ilsée la plaignait, car elle paraissait triste et cruelle. Son sourire matinal était une aube blême encore teinte de l’horreur nocturne.

Cependant Ilsée l’aimait et lui parlait : « Personne ne te dit bonjour, pauvre petite Ilsée. Embrasse-moi, tiens. Nous irons nous promener aujourd’hui, Ilsée. Mon amoureux viendra nous