Page:Scribe - Théâtre, 6.djvu/281

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tiques en habits galonnés qui me portaient dans leurs bras ; d’une jolie petite fille avec laquelle j’étais élevé… d’une vieille femme qui me chantait des chansons écossaises. Mais tout à coup, et j’ignore comment, je me suis vu transporté à bord d’un vaisseau, sous les ordres d’un nommé Duncan, un contre-maître qui se disait mon oncle, et que je n’oublierai jamais, car il m’apprenait rudement le service maritime ! Au bout de quelques années d’esclavage et de mauvais traitemens, je parvins à m’échapper, et je débarquai sans un schelling dans ma poche.

DIKSON.

Pauvre jeune homme !

GEORGES.

Je n’étais pas à plaindre ; j’étais libre, j’étais mon maître. Je me fis soldat du roi Georges. En avant, marche ! le sac sur le dos ! Depuis ce moment-là je suis le plus heureux des hommes ; tout m’a réussi ; il semble que la fortune me conduise par la main. D’abord, à ma première affaire j’avais seize ans : me souvenant encore de mon état de matelot, je jette là mon fusil, je grimpe à une redoute, j’y entre le premier, et mon colonel m’embrasse en présence de tout le régiment. Mon brave colonel ! ce fut pour moi un père, un ami ! il me prit en affection, s’occupa de mon éducation, de mon avancement. Il y a six mois, dans le Hanovre, je venais d’être nommé sous-lieutenant, lorsque je me trouvai à côté de lui, en face d’une batterie ! « Georges ! me criait-il, va-t’en ! » et il voulait se mettre devant moi. Tu te doutes bien que je me suis élancé au de-