Page:Scribe et Mélesville - La Chatte métamorphosée en femme, 1858.djvu/9

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Ce n’est pas moi,
Si fait, c’est moi.
Oui, je le voi,
Oh ! c’est bien moi,
Œil caressant,
Teint rose et blanc,
Lèvre en corail
Et dent d’émail.
Oh ! c’est bien moi
Que j’aperçoi,
Jamais
Je n’avais
Vu mes traits,
Et pourtant je les reconnais.

GUIDO.
Est-ce bien toi
Que j’aperçoi ?
Redis-le-moi,
Oh ! c’est bien toi.
Regarde-moi ;
Oui, c’est bien toi,
Œil caressant,
Teint rose et blanc,
Lèvre en corail
Et dent d’émail.
Oh ! c’est bien toi
Que j’aperçoi,
Jamais
Je n’avais
Vu ses traits,
Et pourtant je les reconnais.

GUIDO, suivant tous ses mouvements.
Ô femmes ! la coquetterie
Chez vous commence avec la vie !

MINETTE, jouant avec le miroir.
Oh ! que c’est gentil un miroir,
Et qu’on est heureux de se voir !

GUIDO, lui reprenant le miroir.
C’est assez l’occuper de toi,
Allons, allons, regarde-moi.

MINETTE.
Toi ?…

GUIDO.
Toi ?… Moi !

MINETTE, de même.
Toi ?… Moi ! Oui, non !

GUIDO, tendrement.
Regarde-moi.

MINETTE, reprenant le miroir et se regardant.
Regarde-moi. Non, non.
Ensemble.

MINETTE, même jeu.
Est-ce bien moi
Que j’aperçois ? etc.

GUIDO.
Est-ce bien toi
Que j’aperçois ? etc.

MINETTE, se tournant vers lui

Je suis jolie, n’est-ce pas ?


GUIDO, se croisant les bras.

Elle me demande cela, à moi !… charmante !


MINETTE.

C’est ce qui me semblait ! mais au premier coup d’œil on craint de se tromper.


GUIDO, la regardant.

Il faut convenir que j’ai joliment réussi… Tous ces charmes-là c’est mon ouvrage.


MINETTE, posant le miroir sur la table.

Ah ! tant mieux ! je t’en remercie… Mais je vous demanderai, monsieur, pourquoi vous ne m’avez pas faite plus grande ?


GUIDO.

Là ! ce que c’est que l’ambition ! tout à l’heure elle n’était pas plus haute que ça. (Mettant la main contre terre.) Déjà des idées de grandeur !


MINETTE.

Non… seulement comme cela (Se levant sur la pointe des pieds.) Rien qu’un peu, je t’en prie ! Qu’est-ce que cela te coûte ?


GUIDO.

Je ne peux plus ; ce ne sont pas de ces ouvrages qu’on retouche à volonté !


MINETTE.

Ah bien !… tu n’es pas complaisant.


GUIDO.

Et toi… si tu n’es pas contente, tu es bien difficile !


MINETTE, lui tendant la main en souriant.

Ah ! oui, pardon, je suis une ingrate !


GUIDO.

D’ailleurs, de quoi te plains-tu ? N’es-tu pas ce que tu étais autrefois ?


MINETTE.

Non, jamais je n’ai été femme… c’est la première fois !


GUIDO.

Bah !


MINETTE.

Mais, en revanche, j’ai été bien d’autres choses ! (Guido fait un mouvement.) Oui, monsieur. Est-ce que vous ne vous souvenez pas de ce que vous avez été, vous ?


GUIDO.

Mais dame !… je croyais avoir toujours été ce que je suis : un jeune homme aimable.


MINETTE.

Oh ! moi, je ne dirais pas au juste… mais je me rappelle confusément… il y a bien longtemps, bien longtemps… oui, j’ai été d’abord une petite fleur des champs… une petite marguerite.


GUIDO.

Tiens ! une petite Marguerite… c’était gentil, ça !