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LETTRE III.

Cully, 11 juillet, I.

Je ne veux point parcourir la Suisse en voyageur, ou en curieux. Je cherche à être là, parce qu’il me semble que je serais mal ailleurs : c’est le seul pays voisin du mien qui contienne généralement de ces choses que je désire. J’ignore encore de quel côté je me dirigerai : je ne connais ici personne ; et n’y ayant aucune sorte de relation, je ne puis choisir que d’après des raisons prises de la nature des lieux. Le climat est difficile en Suisse, dans les situations que je préférerais. Il me faut un séjour fixe pour l’hiver ; c’est ce que je voudrais d’abord décider : mais l’hiver est long dans les contrées élevées.

A Lausanne on me disait : C’est ici la plus belle partie de la Suisse, celle que tous les étrangers aiment. Vous avez vu Genève et les bords du lac ; il vous reste à voir Iverdun, Neuchâtel et Berne ; on va encore au Locle, qui est célèbre par son industrie. Pour le reste de la Suisse, c’est un pays bien sauvage : on reviendra de la manie anglaise d’aller se fatiguer et s’exposer pour voir de la glace et dessiner des cascades. Vous vous fixerez ici : le pays de Vaud[1] est le seul qui convienne à un étranger ; et même dans le pays de Vaud il n’y a que Lausanne, surtout pour un Français.

Je les ai assurés que je ne choisirais pas Lausanne, et ils ont cru que je me trompais. Le pays de Vaud a de grandes beautés ; mais je suis persuadé d’avance que sa

  1. Le mot Vaud ne veut point dire ici vallée, mais il vient du celtique dont on a fait Welches : les Suisses de la partie allemande appellent le pays de Vaud Welschland. Les Germains désignaient les Gaulois par le mot Wale ; d’où viennent les noms de la principauté de Galles, du pays de Vaud, de ce qu’on appelle dans la Belgique pays Walon, de la Gascogne, etc.