Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/135

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passions — le reste de nos jours affreux dans de muettes pantomimes ? — Que veux-tu que nous fassions ? Nous qui avons des langues, — combinons un plan de misère suprême — pour faire la stupeur de l’avenir.


LUCIUS.

— Cher père, arrêtez vos larmes ; car voyez, — votre douleur fait sangloter et pleurer ma misérable sœur.


MARCUS.

— Patience, chère nièce. Bon Titus, sèche tes yeux.

Il essuie les yeux de son frère avec son mouchoir.

TITUS.

—Ah ! Marcus ! Marcus ! Je le sais bien, frère, — ton mouchoir ne peut plus boire une seule de mes larmes, — car, infortuné, tu l’as inondé des tiennes.


LUCIUS.

— Ah ! ma Lavinia, je veux essuyer tes joues.


TITUS.

— Écoute, Marcus, écoute ! Je comprends ses signes ; — si elle avait une langue pour parler, elle dirait — maintenant à Lucius cela même que je viens de te dire, — que ses joues endolories ne peuvent plus être essuyées — par un mouchoir tout trempé des larmes de son frère ! — Oh ! qu’est-ce que cette sympathie de la détresse ? — Elle est aussi loin du soulagement que les limbes le sont du paradis.

Entre Aaron.

AARON.

— Titus Andronicus, monseigneur l’empereur — t’envoie dire ceci : si tu aimes tes fils, — un de vous, Marcus, Lucius, ou toi, vieux Titus, — n’a qu’à se couper la main — et à l’envoyer au prince ; lui, en retour, — te renverra ici tes deux fils vivants, — et ce sera la rançon de leur crime.