Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

leurs têtes, — je sauterai à bas, et je courrai près de la roue — comme un servile valet de pied, tout le long du jour, — depuis le lever d’Hypérion dans l’orient — jusqu’à sa chute dans la mer ; — et chaque jour je remplirai cette pénible tâche, — pourvu que tu détruises le Viol et le Meurtre que voilà.


TAMORA.

— Ce sont mes ministres, et ils viennent avec moi.


TITUS.

— Ce sont tes ministres ? Comment s’appellent-ils ?


TAMORA.

— Le Viol et le Meurtre ; ils s’appellent ainsi — parce qu’ils châtient les coupables de ces crimes.


TITUS.

— Bon Dieu ! comme ils ressemblent aux fils de l’impératrice ! — Et vous, à l’impératrice ! Mais nous, pauvres humains, — nous avons les yeux misérables de la folie et de l’erreur. — Ô douce Vengeance ! Maintenant je vais à toi ; — et, si l’étreinte d’un seul bras te satisfait, — je vais t’en étreindre tout à l’heure.

Il ferme la porte de son cabinet.

TAMORA.

— Cette complaisance envers lui convient à sa démence ; — quelque idée que je forge pour alimenter son accès de délire, — soutenez-la, appuyez-la par vos paroles. — Car maintenant il me prend tout de bon pour la Vengeance ; — convaincu qu’il est de cette folle pensée, — je le déterminerai à envoyer chercher Lucius, son fils ; — et, quand je me serai assurée de lui dans un banquet, — je trouverai quelque moyen pratique et habile — pour écarter et disperser les Goths capricieux — ou tout au moins pour faire d’eux ses ennemis. — Voyez, le voici qui vient, il faut que je poursuive mon thème.