Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/185

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LUCIUS.

— Le fils peut-il voir d’un œil calme couler le sang de son père ? — Rétribution pour rétribution, mort pour coup de mort !

Il tue Saturninus. La foule se disperse terrifiée.

MARCUS.

— Ô vous, hommes à la mine consternée, gens et fils de Rome, — que ce tumulte disperse comme un essaim d’oiseaux — chassés par les vents et par les rafales de la tempète, — laissez-moi vous apprendre le moyen de réunir — ces épis disséminés en une gerbe unique, — ces membres séparés en un seul corps.


UN SEIGNEUR ROMAIN.

— Oui, empêchons que Rome ne soit le fléau d’elle-même, — et que cette cité, devant laquelle s’inclinent de puissants royaumes, — ne fasse comme le proscrit abandonné et désespéré — en commettant sur elle-même de honteuses violences. — Mais, si ces signes d’une vieillesse chenue, si ces rides de l’âge, — graves témoins de ma profonde expérience, — ne peuvent commander votre attention, — écoutez cet ami chéri de Rome.

À Lucius.

— Parlez, comme autrefois notre ancêtre, — quand dans un langage solennel il fit, — à l’oreille tristement attentive de Didon malade d’amour, — le récit de cette nuit sinistre et flamboyante — où les Grecs subtils surprirent la Troie du roi Priam ; — dites-nous quel Sinon a enchanté nos oreilles, — et comment a été introduit ici l’engin fatal — qui porte à notre Troie, à notre Rome, la blessure intestine. — Mon cœur n’est pas de roche, ni d’acier ; — et je ne puis rappeler toutes nos douleurs amères, — sans que des flots de larmes noient mon récit — en me coupant la parole, au moment même — où il provoquerait le plus votre attention — et exciterait votre plus tendre commisération, — Voici un capi-