Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/20

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gatelles et leur auteur vivant de tant de faveur, puisqu’elles lui survivent et qu’il n’a pas eu la chance, commune à tant d’autres, d’être l’éditeur de ses propres écrits, vous userez envers elles de la même indulgence que vous avez montrée pour leur père. C’est une grande différence pour un ouvrage de choisir ses patrons ou de les trouver ; cet ouvrage-ci a fait l’un et l’autre. Car Vos Seigneuries en ont si fort goûté les diverses pièces, quand elles ont été jouées, qu’avant sa publication même ce volume demandait à vous appartenir. Nous n’avons fait que les colliger, et nous avons rendu au mort le service de procurer des tuteurs à ses orphelins, — sans aucune ambition de profit personnel ni de gloire, — uniquement dans l’intention de maintenir vivante la mémoire de notre digne ami et camarade, de notre Shakespeare, en offrant humblement ses pièces à votre très-noble patronage. Aussi, comme nous avons justement observé que personne n’approche de Vos Seigneuries sans une sorte de religieuse adresse, nous nous sommes attachés hautement, nous, les donateurs, à rendre le don digne de Vos Seigneuries par sa perfection même. Mais là aussi nous devons vous supplier, Milords, de considérer nos capacités. Nous ne pouvons pas faire ce qui est au-dessus de nos propres forces. Des mains rustiques offrent du lait, de la crême, des fruits, ce qu’elles ont ; et nous avons ouï dire que bien des nations, qui n’avaient ni myrrhe ni encens, ont obtenu leur requête avec un gâteau de levain. Il n’y avait aucun tort de leur part à s’approcher de leurs dieux par les seuls moyens qui leur fussent permis ; et les choses les plus chétives acquièrent du prix quand elles sont dédiées à des temples. À ce titre donc nous consacrons très-humblement à Vos Honneurs ces restes de votre serviteur Shakespeare. Que les jouissances qu’ils recèlent soient pour toujours attribuées à Vos Seigneuries, la gloire à l’auteur, et les fautes à nous, si quelques fautes ont pu être commises par deux êtres aussi désireux de prouver leur gratitude envers vivants et mort que le sont les obligés de Vos Seigneuries,

John Héminge,
Henry Condell.


C’est avec cette platitude inouïe que les éditeurs de