Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/21

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l’in-folio de 1623 présentent le grand homme à ces deux gentilshommes. Leurs seigneuries seront vraiment bien généreuses si elles consentent à agréer ces bagatelles qui s’appellent Hamlet, Othello, le Roi Lear, Macbeth. Ô myopie de la bassesse humaine ! Certes Héminge et Condell eussent été bien stupéfaits si quelqu’un leur avait dit alors qu’un jour deux chevaliers de la Jarretière devraient à l’histrion Shakespeare cet insigne honneur de préoccuper l’histoire. Le fait est pourtant vrai. Héminge et Condell recherchaient les titres qui pouvaient rendre Shakespeare agréable aux comtes de Montgomery et de Pemhroke. Aujourd’hui nous nous demandons par quels titres les comtes de Pembroke et de Montgomery ont mérité que Shakespeare leur fût dédié. — Toute une école de critiques a échafaudé des travaux considérables pour établir que l’un des deux seigneurs à qui s’adresse cette dédicace, William Herbert, comte de Pembroke, gouverneur de Portsmouth, en 1607, lord chambellan du roi Jacques Ier, devait être le mystérieux M. W. H., qui inspira les sonnets de Shakespeare. Mais ce savant échafaudage d’hypothèses s’écroule devant ce simple fait que William Herbert, né en 1580, n’avait pas l’âge requis pour être le héros très-viril de ces poëmes, la plupart composés avant 1598, D’ailleurs l’histoire n’a pu découvrir jusqu’ici aucun document attestant une intime liaison, ou même des rapports directs, entre Shakespeare et lord Pembroke. Comment s’est manifestée cette excessive bienveillance dont, à en croire Héminge et Condell, William Herbert « poursuivait » l’auteur d’Hamlet ? On l’ignore absolument. Quant à l’enthousiasme du comte de Montgomery pour notre poëte, il devait être asses tiède, s’il faut s’en rapporter à une mention passablement dédaigneuse que ce seigneur a faite de Shakespeare, sur la marge d’un livre publié en 1642, la Vie de Thomas Morus, par Roper, — livre qui a fait partie de la bibliothèque d’Horace Wal-