Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/254

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PALÉMON

— Eh ! je me sens assez fort pour rire de la misère, — et affronter encore les chances de la guerre. Nous sommes prisonniers — pour toujours, je le crains, cousin.


ARCITE.

Je le crois ; — et à cette destinée j’ai patiemment : — soumis mes heures à venir.


PALÉMON.

Oh ! cousin Arcite, — où est Thèbes maintenant ? où est notre noble pays ? — Où sont nos amis, nos parents ? Jamais — nous ne retrouverons ces joies-là ; jamais nous ne reverrons — les hardis jeunes gens lutter aux joutes de l’honneur, — décorés des couleurs de leurs dames — comme de grands navires sous voile ; plus jamais, du milieu de leurs rangs, nous ne nous élancerons — avec la furie du vent d’est pour les laisser tous derrière nous — comme des nuées paresseuses. Alors Palémon et Arcite, — d’un mouvement de leur jarret allègre, — dépassaient toutes les louanges et gagnaient les couronnes — avant d’avoir eu le temps de les souhaiter. Oh ! plus jamais — nous ne nous exercerons aux armes, — comme les jumeaux de la gloire, et nous ne sentirons sous nous — nos chevaux fougueux, comme des vagues superbes ! Maintenant nos bonnes épées, — (le dieu de la guerre aux yeux rouges n’en porta jamais de meilleures) — sont ravies de nos flancs ; elles vont se perdre, avec l’âge, sous la rouille, ~ et orner les temples des dieux qui nous haïssent ; — plus jamais ces mains ne les darderont comme des éclairs — pour en foudroyer des armées entières !


ARCITE.

Non, Palémon ; — ces espérances sont prisonnières avec nous ; nous sommes ici, — et ici les grâces de notre jeunesse doivent se flétrir, — comme un printemps trop précoce. Ici l’âge doit nous atteindre, — et, ce qu’il y a de