Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/256

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que Palémon est avec moi, que je meure — si je regarde ceci comme notre prison !


PALÉMON.

Certainement, — c’est un bien suprême, cousin, que nos destinées — soient d’inséparables jumelles. Cela est vrai, deux âmes, — mises en deux nobles corps, ont beau subir les coups du hasard, pourvu qu’elles restent unies, — elles ne succombent jamais ; elles ne doivent pas succomber ; et, supposez qu’elles le puissent, — un homme de cœur meurt comme il s’endort, et tout est fini.


ARCITE.

— Voulez-vous que nous fassions un digne usage de ce lieu — que tous les hommes haïssent tant ?


PALÉMON.

Comment, gentil cousin ?


ARCITE.

— Regardons cette prison comme un sanctuaire sacré — qui nous préserve de la corruption des hommes pires. — Nous sommes jeunes, et nous désirons suivre les voies de l’honneur ; — la liberté et une société vulgaire, — ce poison des purs esprits, pourraient nous séduire et nous en écarter, — comme des femmes. Quelle noble félicité — y a-t-il, que notre imagination — ne puisse faire nôtre ? Ici, tous deux ensemble, — nous sommes l’un à l’autre une mine inépuisable : — nous sommes l’un pour l’autre une épouse, enfantant sans cesse — de nouveaux fruits d’amour ; nous sommes, l’un pour l’autre, père, amis, connaissances ; — nous sommes la famille, l’un, de l’autre. — Je suis votre héritier, et vous êtes le mien ; ce lieu — est notre héritage ; le plus dur oppresseur — n’oserait pas nous l’enlever. Ici, avec un peu de patience, — nous vivrons longtemps, nous aimant. Nulle satiété ne nous atteindra. — Ici, le bras de la guerre ne nous frappera pas, et les mers — n’engloutiront pas notre jeunesse. Si nous étions libres, —