Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/257

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une femme pourrait légitimement nous séparer, ou une affaire ; — nous pourrions nous consumer en querelles ; l’envie des méchants — chercherait à nous gagner. Je pourrais tomber malade, cousin, — à votre insu, et périr ainsi — sans avoir votre noble main pour me fermer les yeux, — et vos prières pour invoquer les dieux. Mille accidents, — si nous étions hors d’ici, pourraient nous diviser !


PALÉMON.

Vous m’avez rendu, ~ (je vous en remercie, cousin Arcite,) presque amoureux — de ma captivité. Quelle misère — c’est de vivre au dehors et partout ! — C’est une existence bestiale, il me semble ! Je trouve ici la vraie cour, — celle, j’en suis sûr, qui contient le plus de satisfaction ! Tous ces plaisirs — qui entraînent à la vanité les instincts des hommes, — je les connais maintenant, et je suis assez édifié — pour déclarer au monde que ce sont autant d’ombres éclatantes — que le temps immémorial emporte comme il passe. — Que serions-nous devenus en vieillissant à la cour de Créon, — où le péché est justice, où la luxure et l’ignorance — sont les vertus des grands ? Cousin Arcite, — si les dieux amis n’avaient pas trouvé ce lieu pour nous, — nous serions morts comme les mauvais vieillards, non pleurés, — et n’ayant pour épitaphe que les malédictions du peuple ! — Dirai-je plus ?


ARCITE.

Je vous écouterais toujours.


PALÉMON.

Écoutez. — A-t-on souvenir de deux êtres qui se soient aimés — plus que nous ne nous aimons, Arcite ?


ARCITE.

Assurément non.


PALÉMON.

— Je ne crois pas possible que notre amitié — finisse jamais.