Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/261

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PALÉMON.

— N’est-elle que rare ?


ARCITE.

C’est une beauté incomparable.


PALÉMON.

— Un homme ne pourrait-il pas bien se perdre pour l’aimer ?


ARCITE.

— Je ne puis dire si vous l’avez fait ; moi, je l’ai fait. — Maudits en soient mes yeux ! Maintenant je sens mes chaînes.


PALÉMON.

— Vous l’aimez donc ?


ARCITE.

Qui ne l’aimerait pas ?


PALÉMON.

Et vous la désirez ?


ARCITE.

— Plus que ma liberté.


PALÉMON.

Je l’ai vue le premier.


ARCITE.

Il n’importe.


PALÉMON.

— Mais cela importe.


ARCITE.

Je l’ai vue aussi.


PALÉMON.

Oui ; mais vous ne devez pas l’aimer.


ARCITE.

— Je ne prétends pas l’aimer, ainsi que vous l’aimez, jusqu’à l’adorer — comme un être céleste, comme une déesse bienheureuse ; — moi, je l’aime comme une femme, et pour la posséder. — Ainsi nous pouvons l’aimer tous deux.