Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/271

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PREMIER CAMPAGNARD.

J’ai comme un soupçon — que ce gaillard-là a un fameux croc-en-jambe ! — Remarquez comme il a le corps bâti pour ça.


DEUXIÈME CAMPAGNARD.

Je veux être pendu, — s’il ose se risquer. Lui, cette soupe aux pruneaux ! fi donc ! — Lui, lutter ! Il est bon à rôtir des œufs. Allons, partons, enfants !

Les campagnards sortent.

ARCITE, seul.

— Voici une occasion qui s’offre — et que je n’eusse pas osé souhaiter. J’ai été exercé à la lutte ; — les meilleurs juges m’y trouvent excellent ; et, à la course, — moins rapide est le vent qui souffle sur un champ de blé — et en frise les riches épis ! Je vais me risquer ; — j’irai là sous quelque pauvre déguisement. Qui sait — si mon front ne sera pas ceint de couronnes, — et si le bonheur ne m’élèvera pas jusqu’à une région — où je pourrai vivre sous ses yeux ?

Il sort.

SCÈNE III

[Athènes La prison.]
Entre la fille ou geôlier.

LA FILLE DU GEÔLIER.

— Pourquoi faut-il que j’aime ce gentilhomme ? Il y a gros à parier — qu’il n’aura jamais d’affection pour moi. Je suis de basse condition, — mon père est l’humble gardien de sa prison, — et lui, c’est un prince. L’épouser, rêve sans espoir ! — Être sa maîtresse, folie ! Fi donc ! — À quels élans nous autres, filles, nous sommes entraînées, — dès qu’une fois quinze ans nous atteignent. D’abord, je l’ai vu. — En le voyant, je l’ai trouvé charmant : — c’est