Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/28

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nous donnent qu’imparfaitement la conception originale du poëte. De là cette particularité que l’in-folio est ici à la fois plus complet et moins complet que les in-quartos. Il contient maints passages qui font défaut aux in-quartos ; et il lui manque maints passages que les in-quartos renferment. La pensée entière du maître ne peut donc être obtenue qu’à la condition de fondre les deux textes en un seul et de combler à l’aide de l’un les lacunes de l’autre.

C’est grâce à l’édition subreptice publiée en 1608 par Nathaniel Butter que nous avons pu retrouver cent quatre-vingt-six vers ou lignes raturés par l’in-folio dans le Roi Lear. C’est grâce à la même édition que nous avons recouvré toute la scène XIX du drame, cette pittoresque scène du camp français près de Douvres où un gentilhomme dépeint en termes si touchants la filiale douleur de Cordélia. — C’est encore une édition frauduleuse, l’édition publiée en 1604 par N. L., qui nous restitue les cent vingt-six vers éliminés d’Hamlet par l’in-folio de 1623 et qui nous rend un monologue capital que Schlegel considère comme la clef de la pièce, — cet indispensable monologue dans lequel le prince de Danemark, voyant défiler l’armée norvégienne, stimule si éloquemment sa fatale inactivité : « Que suis-je donc moi, qui ai l’assassinat d’un père, le déshonneur d’une mère, pour exciter ma raison et mon sang, et qui laisse tout dormir, tandis qu’à ma honte je vois vingt mille hommes marcher à une mort imminente et, pour une fantaisie, pour une gloriole, aller au sépulcre comme au lit ! »

Je pourrais prolonger ce rapprochement entre les éditions publiées du vivant de Shakespeare et l’édition posthume. Mais ce rapide examen suffit pour réduire à leur juste valeur les affirmations d’Héminge et de Condell. Les deux comédiens affirment que toutes les œuvres du poëte, imprimées par eux sur les manuscrits originaux, sont pu-