Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/282

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froncé ! Il est bien certain — que vous ne m’aimez pas ; soyez rude avec moi, et — débarrassez votre langage de cette huile. Par l’air que je respire, — je pourrais pour chaque parole rendre un soufflet. Mon ressentiment — ne se laisserait pas calmer par la raison.


ARCITE.

C’est parler franchement ! — mais n’exigez pas de moi un dur langage : quand j’éperonne — mon cheval, je ne le gronde pas ; la sérénité et la colère — n’ont chez moi qu’un visage.

Sons du cor.

Écoutez, monsieur ! on appelle — au banquet les convives épars ; vous devez supposer — que j’ai là un office.


PALÉMON.

Monsieur, votre présence là-bas — ne peut plaire au ciel ; et je sais que votre emploi — n’a été obtenu qu’injustement.


ARCITE.

J’y ai de bons titres, — j’en suis persuadé ; mais à cette douloureuse question qui nous divise, — il n’y a d’autre remède qu’une saignée. Je demande instamment — que vous léguiez ce plaidoyer à votre épée, — et que vous n’en parliez plus.


PALÉMON.

Rien qu’un mot : — vous allez de ce pas contempler ma maîtresse ; — car, remarquez-le bien, elle est à moi.


ARCITE.

Allons donc !


PALÉMON.

Allons, je vous en prie, — vous parlez de me nourrir pour me donner de la force, — et vous allez maintenant voir un soleil — qui fortifie tout ce qu’il voit ; vous avez là — un avantage sur moi ; mais jouissez-en — jusqu’à ce que je puisse imposer mon remède. Adieu !

Ils se séparent.