Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/324

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Entre un messager.

THÈSÈE, au messager.

— D’où venez-vous, monsieur ?


LE MESSAGER.

Je viens de voir les chevaliers.


THÉSÉE.

Veuillez nous dire, — vous qui les avez vus, ce qu’ils sont.


LE MESSAGER.

Je vais, seigneur, — vous dire vraiment ce que j’en pense. S’il faut en juger par l’extérieur, — je n’ai jamais vu, de mes yeux ni dans l’histoire, six cœurs plus braves — que ceux qu’ils portent. Celui qui se tient — au premier rang avec Arcite, a la prestance — d’un vaillant, le visage d’un prince, — (son seul regard le dit) ; il a le teint — plutôt brun que noir, une mine farouche, et pourtant noble, — qui annonce un homme hardi, intrépide, et fier du danger. — Les cercles de ses yeux sont profonds, — et il a l’air d’un lion courroucé ; — sa chevelure flotte longue derrière lui, noire et lustrée — comme 1’aile du corbeau ; ses épaules sont larges et fortes ; — ses bras longs et ronds ; sur sa cuisse, une épée — pend à un baudrier curieux, prête, sur un froncement de sourcil, — à mettre le sceau à sa volonté ; jamais, sur ma conscience, — on ne vit meilleur compagnon d’armes.


THÉSÉE.

— Tu l’as bien décrit.


PIRITHOÜS.

Il n’en est pas moins inférieur, — ce me semble, à celui qui s’avance de front avec Palémon.


THÉSÉE.

— De grâce, décris-nous-le, ami.