Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/384

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tandis qu’Émilie était ainsi en prières. Mais soudain elle vit un spectacle rare. Un des feux s’éteignit, se ralluma, puis s’éteignit de nouveau en sifflant, comme fait un charbon ardent qu’on mouille. Et de l’extrémité des tisons il jaillit comme des gouttes de sang ; ce qui alarma tellement Émilie qu’elle faillit devenir folle et se mit à crier, ne sachant ce que cela signifiait.

Et sur ces entrefaites Diane apparut, un arc à la main, en costume de chasseresse, et lui dit : — Ma fille, modère ta tristesse. Il est décidé parmi les dieux d’en haut que tu épouseras un de ces deux jeunes gens qui ont pour toi une si soucieuse affection. Lequel des deux ? je ne puis le dire. Adieu, car je ne puis rester plus longtemps. Les feux qui brûlent sur mon autel te révéleront, avant que tu partes, ton amoureuse destinée.

Et à ces mots, les flèches du carquois de la déesse s’entrechoquèrent avec fracas, et elle s’évanouit. Émilie, toute effarée, s’écria :

— Hélas ! que signifie tout cela ? Je me mets sous ta protection, Diane, et à ta disposition.

Et elle s’en retourna tout droit chez elle.

Une heure après, Arcite se rendit au temple du terrible Mars pour y offrir son sacrifice selon les rites de son culte païen. Avec un humble cœur et une haute dévotion, il adresse ainsi à Mars son oraison :

— Ô Dieu fort qui dans les froids royaumes de la Thrace es honoré et tenu pour seigneur, toi qui, dans tous les États, dans tous les pays, tiens dans ta main les rênes de la guerre et qui en disposes à ton gré, accepte mon humble sacrifice. S’il est vrai que ma jeunesse et mon énergie soient dignes de servir ta divinité, et que je puisse être l’un des tiens, je te conjure d’avoir pitié de mon ennui. Au nom de tes propres souffrances, au nom de la flamme ardente qui te consumait, alors que tu possédais la beauté de la jeune