Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/58

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les camarades de Shakespeare, au Globe, théâtre d’été exploité par la troupe de Shakespeare. Les contemporains de Shakespeare, ne pouvant avoir aucun doute sur la légitimité de l’œuvre mise en vente par Pavier, l’achetèrent sans hésitation, et le libraire en publia bientôt une seconde édition qui portait, comme la première, le nom de Shakespeare.

Comment se fait-il qu’un ouvrage, dont la publication a été entourée primitivement de toutes les garanties, soit aujourd’hui universellement rejeté du théâtre de Shakespeare, et qu’aucun éditeur, depuis Pope, n’ait osé l’insérer dans les œuvres du maître ? L’unique raison alléguée pour cette exclusion est que la Tragédie dans l’Yorkshire n’a pas été réimprimée par Héminge et Condell dans l’in-folio de 1623. J’ai déjà expliqué longuement combien cette raison est, à mon sens, insuffisante. Si elle est décisive pour eux, de quel droit les éditeurs modernes insèrent-ils tous d’un commun accord dans les œuvres complètes de Shakespeare une comédie qui ne figure pas dans l’in-folio de 1623, Périclès ? Il y a la une flagrante contradiction. La Tragédie dans l’Yorkshire est exactement dans les mêmes conditions d’authenticité que Périclès ; comme Périclès, elle a été jouée par la troupe du roi Jacques Ier ; comme Périclès, elle a été enregistrée au Stationers’Hall ; comme Périclès, elle a été imprimée du vivant de Shakespeare avec le nom de Shakespeare. Pourquoi est-elle rejetée du répertoire shakespearien, alors que Périclès y est admis ? Pourquoi cette sentence inique proscrivant une œuvre, amnistiant l’autre ? Serait-ce que la Tragédie dans l’Yorkshire est un opuscule indigne de Shakespeare ? Serait-ce que nulle part la manière du maître n’est reconnaissable dans ce drame ? Serait-ce que, ni par le style, ni par la conception, ni par la composition, la Tragédie dans l’Yorkshire ne rappelle le faire shakespearien ?