Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/65

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délaissée pour se marier à la femme dont il fait aujourd’hui le malheur. Qu’est-ce que cette jeune fille ? Que devient-elle ? Il n’en est plus question. — À la fin de la seconde scène, un gentleman, que nous n’avons pas encore vu et dont la brusque apparition ne nous est point expliquée, entre chez le joueur, lui reproche ses torts envers sa femme, le provoque, se bat en duel avec lui, et le laisse blessé sur le carreau. À quel titre ce gentleman se fait-il ainsi le champion de l’épouse outragée ? Nul renseignement sur ce point, si ce n’est une exclamation du mari qui l’accuse d’être l’amant de sa femme. Le gentleman repousse avec fureur l’imputation ; mais quel est donc le motif qui le détermine à risquer ainsi sa vie ? Nous l’ignorerons toujours, car ce chevaleresque défenseur se retire pour ne plus revenir. — Le mari, grièvement blessé à la fin de la scène II, reparaît parfaitement rétabli au commencement de la scène III, et cette miraculeuse guérison s’est accomplie dans un intervalle à peine suffisant pour échanger quelques paroles : invraisemblance choquante qui prouve que, dans le projet primitif, il y avait là un incident intermédiaire, ultérieurement omis, qui devait donner au blessé le temps de se guérir.

Toutes ces lacunes, qui frappent les yeux du lecteur, eussent été évidemment comblées, si l’auteur n’avait pas été prématurément interrompu au milieu de son travail. Les causes de cette brusque interruption nous échappent ; et, pour les découvrir, nous en sommes réduits aux conjectures. La Tragédie dans l’Yorkshire étant la reproduction scénique d’un drame réel qui avait mis en émoi toute l’Angleterre, les comédiens du Globe étaient intéressés à en précipiter la représentation pour ne pas laisser s’éteindre une émotion universelle qui devait contribuer puissamment au succès de la pièce, et le manuscrit de l’auteur a pu ainsi lui être enlevé d’office par un chef de troupe impatient,