Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 1.djvu/9

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de 1623 des corrections, souvent plausibles, toujours ingénieuses, indiquées par une main inconnue dans un exemplaire de l’édition de 1632. Toute l’Angleterre cria à la profanation, et, malgré d’éminents services rendus à l’histoire littéraire, M. Collier dut prouver qu’il n’était ni un faussaire ni un imposteur.

Cependant, au risque de provoquer tant de pieuses colères, intervenons à notre tour dans la question, et voyons si cette infaillibilité tant vantée de l’in-folio de 1623 est sanctionnée par les faits.

En 1616, lorsque William Shakespeare, âgé de cinquante-trois ans, fut enlevé au monde dans la plénitude de son génie, quatorze seulement de ses pièces incontestées avaient été livrées à l’impression, — douze de 1597 à 1604, à savoir : Richard II, Richard III, Roméo et Juliette, Peines d’amour perdues, Henry IV (première partie), Henry IV (seconde partie), le Marchand de Venise, le Songe d’une nuit d’été, Beaucoup de bruit pour rien. Henry V, les Joyeuses épouses de Windsor, Hamlet, — deux de 1604 à 1616, Troylus et Cressida, le Roi Lear.

Comment donc se fait-il que, dans les douze dernières années de la vie du poète, deux seulement de ses pièces aient été publiées ? Une note, insérée à la page 183 d’un journal manuscrit du révérend John Ward, qui fut vicaire de Stratford-sur-Avon de 1648 à 1679, va nous permettre de pénétrer ce mystère : « On assure que Maître Shakespeare vécut dans ses dernières années à Stratford, et qu’il fournissait au théâtre deux pièces par an, et que pour cela il recevait une large rétribution qui lui permettait, à ce que j’ai ouï dire, de dépenser mille livres sterling par an. n Donc, si l’affirmation du brave vicaire est exacte (et l’on ne saurait mettre en doute sa sincérité), Shakespeare, retiré dans sa ville natale, vendait annuellement deux ouvrages dramatiques à la troupe dite des Serviteurs du Roi, laquelle ex-