Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/18

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lui a pas encore fait voir le monde sous son vrai jour. Cette voûte constellée à laquelle Roméo jettera le défi de son désespoir, ce firmament hostile qui crachera toutes ses cataractes sur les cheveux blancs du vieux Lear et qu’Hamlet dénoncera « comme un noir amas de vapeurs pestilentielles, » n’apparaît à l’acteur de Périclès que comme un ciel rose et pur où trône la plus tutélaire divinité. L’arbitre suprême qui préside à la conclusion de Périclès n’est pas cette inexorable fatalité qui, dans le drame incontesté de Shakespeare, plane sur toutes les existences, frappant également les méchants et les bons, les forts et les faibles, les innocents et les pervers, Iago comme Othello, Claudius comme Hamlet, César comme Brutus, Régane comme Cordélia, lady Macbeth comme lady Macduff, c’est une providence souverainement équitable qui ne châtie jamais que le vice et qui guide la vertu vers une inéluctable béatitude. En ce trop chimérique poëme, la victoire ne reste jamais au crime. L’assassinat et le parjure ne fondent pas d’empire. L’incestueux Antiochus meurt foudroyé ; le despote Cléon et sa hideuse compagne périssent dans leur palais en flammes. En revanche l’honnêteté est, dans cette fantastique région, un infaillible sauf-conduit à travers l’adversité. En vain les catastrophes, les fléaux et les tyrannies se liguent pour barrer aux justes le chemin de la terre promise. En vain le naufrage meurtrit Périclès, en vain la tombe étreint Thaïsa, en vain le lupanar emprisonne Marina. Plus la chute a été profonde, plus sublime sera l’élévation. Sur un signe d’en haut, la tempête, la prostitution et la mort lâchent chacune leur proie, et la vertu, enfin triomphante, apparaît pour soustraire à l’abîme les trois éprouvés et les emporter dans son Éden.

II

Les dix drames — chroniques qui, dans le théâtre de Shakespeare, sont empruntés aux annales de l’Angleterre, em-