Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/239

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rissons, ensuite nous faisons semence, — et enfin nous tombons ; et, comme l’ombre — suit le corps, nous poursuivons la mort. — Si donc nous relançons la mort, pourquoi la craignons-nous ? — Ou, si nous la craignons, pourquoi la poursuivons-nous ? — Si nous la craignons, nous ne faisons que hâter — par nos craintes le moment où elle doit nous saisir. — Si nous ne la craignons pas, nous devons l’accepter avec résignation — sans prétendre modifier le terme fatal. — Car nous sommes prédestinés à tomber, mûrs ou pourris, — dès que nous avons tiré à la loterie du sort.


LE PRINCE DE GALLES.

— Ah ! bon vieillard, tes paroles ont bouclé — mille armures sur mon dos. — Ah ! quelle chose idiote tu as faite de cette existence, — courant sans cesse après ce qu’elle craint (9) ! et combien tu as ravalé — l’impériale victoire de la mort assassine ! — Puisque toutes les existences sont frappées par ses flèches victorieuses, — épargnons-lui la peine de nous chercher, et cherchons-la nous-mêmes pour humilier sa gloire. — Je ne donnerais pas un denier de la vie, — ni un demi-denier pour éviter la mort sinistre, — puisque la vie n’est que la recherche de la mort, — et que la mort n’est que le commencement d’une vie nouvelle. — Vienne donc la dernière heure, dès que celui qui doit la fixer le voudra ! — Je tiens pour indifférent de vivre ou de mourir.

Ils sortent.

SCÈNE XII.

[Le camp français.]
Entrent le roi Jean et Charles.

LE ROI JEAN.

— Une obscurité soudaine a terni le ciel ; — les vents