Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/264

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FRANCKLIN.

— Console-toi, doux ami. Il n’est pas étrange — que les femmes soient fausses et capricieuses.


ARDEN.

— Oui, mais s’éprendre d’un homme comme lui, — c’est monstrueux, Francklin, et intolérable !


FRANCKLIN.

— Mais qu’est-il donc ?


ARDEN.

Un ancien ravaudeur, rien de plus, — qui, grâce à un vil courtage, ayant acquis quelque petit pécule, — s’est insinué au service d’un noble seigneur, — et, à force de flatteries serviles et de bassesses, — est devenu l’intendant d’une grande maison — où il se pavane superbement dans sa robe de soie.


FRANCKLIN.

— Pas un noble ne voudrait patronner un pareil manant.


ARDEN.

— Si fait, lord Clifford, qui ne m’aime point. — Mais que Mosby ne soit pas trop orgueilleux d’une telle faveur ! — Car, fût-il appuyé par le lord protecteur lui-même, — il ne ferait pas de moi un objet de risée. — Je suis par ma naissance un gentleman de qualité, — et cet infâme ribaud qui essaie — de violer la chasteté de ma chère femme, — dont l’amour m’est aussi cher que le ciel, — verra, sur le lit qu’il prétend polluer, — ses membres dépecés et ses nerfs arrachés, — tandis que sur le plancher palpitera son corps épuisé, — souillé des torrents de son sang impudique.


FRANCKLIN.

— Aie patience, cher ami, et apprends de moi — à modérer ta douleur pour sauver l’honneur de ta femme. — Parle-lui doucement : les bonnes paroles sont les meilleurs