Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/27

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la première édition de Peines d’amour perdues, et en 1599 la seconde édition de Roméo et Juliette. Le règne du roi Édouard troisième avait été dûment enregistré au Stationers’Hall le 1er décembre 1595. Le succès de cet ouvrage fut considérable, et en 1599, le même Burby en fit paraître une nouvelle édition qui contenait un certain nombre de corrections et d’additions. La pièce, ainsi révisée, fut réimprimée toujours sans nom d’auteur, en 1609, en 1617 et en 1625[1]. Elle occupa ainsi pendant plus de trente années l’attention publique. Puis le silence se fit sur elle. La presse, qui jusque-là l’avait soutenue, l’abandonna. Les exemplaires des éditions primitives devinrent de plus en plus rares. Les années s’écoulèrent. L’oubli devint complet. Au dix-huitième siècle, l’œuvre semblait à jamais morte quand tout à coup, en 1760, l’éditeur Capell la remit au jour en l’attribuant à Shakespeare. Apposer brusquement un nom aussi glorieux au titre d’une composition aussi obscure, certes, c’était payer d’audace. La critique pédante, représentée par Steevens, sourit dédaigneusement de cette témérité. Mais Capell tint bon. Il en appela de la critique au public. Des preuves, il n’en avait pas, mais il faisait ressortir les rares qualités de l’œuvre, il insistait sur les ressemblances de style qui existent entre cet Édouard III et les premières, compositions du maître ; les sources, d’où était tiré le sujet, étaient celles-là même auxquelles Shakespeare avait si souvent puisé, la Chronique d’Holinshed et cette compilation de nouvelles si populaire au seizième siècle, le Palais du Plaisir. D’ailleurs, si l’on n’attribuait pas cette pièce à Shakespeare, à qui l’attribuer ? Excepté lui, quel était le poëte qui, en 1596, fût capable d’écrire de pareils vers ? Telle était la thèse de Capell. Si ingénieuse

  1. Il n’existe malheureusement aucun exemplaire de ces réimpressions qui sont constatées par le registre du Stationers’hall.