Page:Shakespeare, apocryphes - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1866, tome 2.djvu/28

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qu’elle fût, elle ne rencontra guère que des incrédules, et, dans notre siècle même, elle fut longtemps regardée comme un gros paradoxe. Pourtant, en 1840, un article fort remarquable et fort remarqué, publié par la Revue d’Édimbourg, rappela doucement l’attention du monde littéraire sur cet Édouard III qu’on s’obstinait à méconnaître. Reprenant timidement la théorie de Capell, le critique anonyme avouait que, si Édouard III n’est pas de Shakespeare, c’est sous tous les rapports une des meilleures pièces de l’époque. « Œuvre inégale, soit ! mais cette incisive vigueur de pensée et d’expression qui se remarque dans la plupart des scènes, cette éclatante profusion d’images, cette peinture magistrale, quoique abrupte, de caractères, doivent placer Édouard III au-dessus de toutes les pièces historiques du seizième siècle[1], hormis celles de Shakespeare et l’Édouard II de Merlowe. » Ce verdict de la classique revue commence le réhabilitation. L’estime publique est désormais acquise en Angleterre au drame jusque-là dédaigné. Dans son Pictorial Shakespere, M. Charles Knight, malgré sa dévotion farouche à la lettre de l’in-folio de 1623, ne peut s’empêcher de reconnaître la profonde analogie qui existe entre le style d’Édouard III et le style des compositions authentiques du maître ; citant un passage de la pièce, — l’allocution du roi David au duc de Lorraine, envoyé du roi de France, — il déclare que, « si cette harangue n’est pas de Shakspere, c’est certainement la plus fidèle imitation de la libre allure de son vers, de la vigueur et de la vérité de ses images, qu’on puisse trouver dans aucune des pièces historiques de cette époque… Comme dans le cas d’Arden de Feversham, nous avons à chercher, et nous cherchons en vain, quelque auteur connu de ce temps-là dont les productions montrent une semblable

  1. Edingurgh Review, vol. lxxi, p. 471.