Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/250

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Des champs féconds préférant la parure,
Heureux des mets que t’offre la nature,
Viens habiter avec moi ce séjour.
Dans ce bocage,
Sous cet ombrage,
Point d’ennemi que l’hiver et l’orage.

JACQUES.—Je vais vous donner sur cet air quelques vers que j’ai faits hier en dépit de mon génie.

AMIENS.—Et je les chanterai.

JACQUES.—Les voici.

(Il chante.)

S’il arrive par hasard
Qu’un homme soit changé en âne ;
Quittant son bien et son aisance
Pour suivre une volonté obstinée,
Duc dàme, duc dàme, duc dàme,
Il trouvera ici
D’aussi grands fous que lui
S’il veut venir ici[1].

AMIENS.—Que signifie ce duc ad me ?

JACQUES.—C’est une invocation grecque pour rassembler les sots dans un cercle.—Je vais dormir si je puis ; si je ne peux pas dormir, je déclamerai contre tous les premiers-nés de l’Égypte[2].

AMIENS.—Et moi, je vais chercher le duc : son banquet est prêt.

(Ils sortent chacun de son côté.)


Scène VI

Entrent ORLANDO et ADAM.

ADAM.—Mon cher maître, je ne saurais aller plus loin : eh ! je me meurs de faim ! Je vais me coucher ici et y

  1. Duc dàme est mis pour duc ad me, conduisez-moi ; allusion au refrain d’Amiens. Celui-ci n’est pas un savant, Jacques lui peut donner ce mot pour du grec, très-innocemment.
  2. « Expression proverbiale pour dire les personnes d’une haute naissance. » (JOHNSON.)