Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/262

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Les portraits les plus parfaits
Sont noirs à côté de Rosalinde :
Ne pensons à d’autre beauté
Qu’à celle de Rosalinde.

TOUCHSTONE.—Je vous rimerai comme cela, pendant huit ans entiers, en exceptant cependant les heures du dîner, du souper et du sommeil : c’est précisément ainsi que riment les marchandes de beurre en allant au marché[1].

ROSALINDE.—Retire-toi, sot.

TOUCHSTONE.—Pour essayer.

Si un cerf a besoin d’une biche,
Qu’il cherche Rosalinde ;
Si la chatte court après le chat,
Ainsi fera Rosalinde.
Les vêtements d’hiver doivent être doublés,
Et de même la mince Rosalinde :
Ceux qui moissonnent doivent lier et mettre en gerbe
Et puis dans la charrette avec Rosalinde.
La plus douce noix a une écorce amère,
Cette noix, c’est Rosalinde.
Celui qui veut trouver une douce rose,
Trouve l’épine d’amour et Rosalinde.

C’est là la fausse allure des vers. Pourquoi vous empoisonner de pareille poésie ?

ROSALINDE.—Tais-toi, sot de fou, je les ai trouvés sur un arbre.

TOUCHSTONE.—Eh bien ! c’est un arbre qui produit de mauvais fruits.

ROSALINDE.—Je veux t’enter sur lui, et ce sera le greffer avec un néflier[2]. Ce sera le fruit le plus précoce du pays, car tu seras pourri avant d’être à demi mûr, et c’est la vertu du néflier.

TOUCHSTONE.—Vous avez prononcé ; mais si vous avez bien ou mal jugé, que la forêt en décide.

(Entre Célie, lisant un écrit.)

  1. Ce sont les vers cités par Horace dont on sait deux sens, stans pede in uno.
  2. Équivoque sur medlar et medler, néflier et entremetteur.