Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/306

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jugement. C’est ce qu’on appelle la réplique grossière. Si je persistais encore à dire qu’elle n’était pas bien coupée, il me répondrait, cela n’est pas vrai. C’est ce qu’on appelle la riposte vaillante. Si j’insistais encore à dire qu’elle n’est pas bien coupée, il me dirait, que j’en ai menti. C’est ce qu’on appelle la riposte querelleuse. Et ainsi jusqu’au démenti conditionnel, et au démenti direct.

JACQUES.—Et combien de fois avez-vous dit que sa barbe était mal faite ?

TOUCHSTONE.—Je n’ai pas osé dépasser le démenti conditionnel, et lui n’a pas osé non plus me donner le démenti direct ; et comme cela, nous avons mesuré nos épées, et nous nous sommes séparés.

JACQUES.—Pourriez-vous maintenant nommer, par ordre, les différentes gradations d’un démenti ?

TOUCHSTONE.—Oh ! monsieur, nous querellons d’après l’imprimé[1], suivant le livre ; comme on a des livres pour

  1. Le poëte se moque ici de la mode du duel en forme qui régnait de son temps, et il le fait avec beaucoup de gaieté, il ne pouvait la traiter avec plus de mépris qu’en montrant un manant aussi bien instruit dans les formes et les préliminaires du duel. Le livre auquel il fait allusion ici est un traité fort ridicule d’un certain Vincentio Saviolo, intitulé : De l’honneur et des querelles honorables, in-4°, imprimé par Wolf, en 1594. La première partie de ce traité porte : Discours très-nécessaire à tous les cavaliers qui font cas de leur honneur, concernant la manière de donner et de recevoir le démenti, d’où s’ensuivent le duel et le combat en diverses formes ; et beaucoup d’autres inconvénients faute de bien savoir la science de l’honneur, et le juste sens des termes, qui sont ici expliqués. Voici les titres des chapitres.
    I. Quelle est la raison pour laquelle la partie à qui on donne le démenti doit devenir l’agresseur au défi, et de la nature des démentis.
    II. De la méthode et de la diversité des démentis.
    III. Du démenti certain ou indirect.
    IV. Des démentis conditionnels, ou du démenti circonstanciel.
    V. Du démenti en général.
    VI. Du démenti en particulier.
    VII. Des démentis fous.
    VIII. Conclusion sur la manière d’arracher ou de rendre le démenti ; ou la contradiction querelleuse.

    Dans le chapitre du démenti conditionnel, l’auteur dit, en parlant de la particule si : « Les démentis conditionnels sont