Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/307

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les belles manières. Je vais vous nommer les degrés d’un démenti. Le premier est la Réponse courtoise, le second le Lardon modéré, le troisième la Réponse grossière, le quatrième la Riposte vaillante, le cinquième la Riposte querelleuse, le sixième le Démenti conditionnel, et le septième le Démenti direct. Vous pouvez éviter le duel à tous les degrés, excepté au démenti direct ; et même vous le pouvez encore dans ce cas, au moyen d’un si. J’ai vu des affaires, où sept juges ensemble ne seraient pas venus à bout d’arranger une querelle ; et lorsque les deux adversaires venaient à se rencontrer, l’un des deux s’avisait seulement d’un si ; par exemple, si vous avez dit cela, moi j’ai dit cela ; et ils se donnaient une poignée de main, et se juraient une amitié de frères. Votre si est le seul arbitre qui fasse la paix : il y a beaucoup de vertu dans le si !

JACQUES, au duc.—N’est-ce pas là, seigneur, un rare original ? Il est bon à tout, et cependant c’est un fou.

LE VIEUX DUC.—Sa folie lui sert comme un cheval de chasse à la tonnelle ; et sous son abri, il lance ses traits d’esprit.

(Entrent l’Hymen conduisant Rosalinde en habits de femme, et Célie. Une musique douce.)

L’HYMEN chante.

Il y a joie dans le ciel
Quand les mortels sont d’accord,

    ceux qui sont donnés conditionnellement de cette manière : Si vous avez dit cela ou cela, alors vous mentez. » De ces sortes de démentis, donnés dans cette forme, naissent souvent de grandes disputes, qui ne peuvent aboutir à une issue décidée. L’auteur entend par là que les deux parties ne peuvent procéder à se couper la gorge, tant qu’il y a un si entre deux. Voilà pourquoi Shakspeare fait dire à son paysan : « J’ai vu des cas où sept juges ensemble ne pouvaient parvenir à pacifier une querelle : mais lorsque deux adversaires venaient à se joindre, l’un des deux ne faisait que s’aviser d’un si, comme, si vous avez dit cela, alors moi j’ai dit cela ; et ils finissaient par se serrer la main et à être amis comme frères. Votre si est le seul juge de paix : il y a beaucoup de vertu dans le si. » Caranza était encore un auteur qui a écrit dans ce goût-là sur le duel, et dont on consultait l’autorité.