Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/338

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Qu’elle est honnête ! Qu’on apprenne seulement ceci de moi, qui ai le plus sujet de gémir que cela soit : c’est une adultère.

HERMIONE.—Si un scélérat parlait ainsi, le scélérat le plus accompli du monde entier, il en serait plus scélérat encore : vous, seigneur, vous ne faites que vous tromper.

LÉONTES.—Vous vous êtes trompée, madame, en prenant Polixène pour Léontes. O toi, créature…, je ne veux pas t’appeler du nom qui te convient, de crainte que la grossièreté barbare, s’autorisant de mon exemple, ne se permette un pareil langage, sans égard pour le rang, et n’oublie la distinction que la politesse doit mettre entre le prince et le mendiant.—J’ai dit qu’elle est adultère, j’ai dit avec qui : elle est plus encore, elle est traître à son roi, et Camillo est son complice, un homme qui sait ce qu’elle devrait rougir de savoir, quand le secret en serait réservé à elle seule et à son vil amant. Camillo sait qu’elle est une profanatrice du lit nuptial, et aussi corrompue que ces femmes à qui le vulgaire prodigue des noms énergiques ; oui, de plus elle est complice de leur récente évasion.

HERMIONE.—Non, sur ma vie, je n’ai aucune part à tout cela. Combien vous aurez de regret, quand vous viendrez à être mieux instruit, de m’avoir ainsi diffamée publiquement ! Mon cher seigneur, vous aurez bien de la peine à me faire une réputation suffisante en disant que vous vous êtes trompé.

LÉONTES.—Non, non, si je me trompe, d’après les preuves sur lesquelles je me fonde, le centre de la terre n’est pas assez fort pour porter la toupie d’un écolier.—Emmenez-la en prison ; celui qui parlera pour elle se rend coupable seulement pour avoir parlé.

HERMIONE.—Il y a quelque planète malfaisante qui domine dans le ciel. Je dois attendre avec patience que le ciel présente un aspect plus favorable.—Chers seigneurs, je ne suis point sujette aux pleurs, comme l’est ordinairement notre sexe ; peut-être que le défaut de ces vaines larmes tarira votre pitié ; mais je porte logé là (elle montre son coeur) cette douleur de l’honneur blessé qui brûle