Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/347

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PAULINE.—Ni moi, ni personne, hors un seul ici, et c’est lui-même ; (montrant le roi) lui qui livre et son propre honneur, et celui de sa reine, et celui de son fils, d’une si heureuse espérance, et celui de son petit enfant, à la calomnie, dont la plaie est plus cuisante que celle du glaive : lui qui ne veut pas (et, dans la circonstance, c’est une malédiction qu’il ne puisse y être contraint) arracher de son cœur la racine de son opinion, qui est pourrie, si jamais un chêne ou une pierre fut solide.

LÉONTES.—Une créature d’une langue effrénée, qui tout à l’heure maltraitait son mari, et qui maintenant aboie contre moi ! Cet enfant n’est point à moi : c’est la postérité de Polixène. Ôtez-le de ma vue, et livrez-le aux flammes avec sa mère.

PAULINE.—Il est à vous, et nous pourrions vous appliquer en reproche le vieux proverbe : Il vous ressemble tant que c’est tant pis.—Regardez, seigneurs, quoique l’image soit petite, si ce n’est pas la copie et le portrait du père : ses yeux, son nez, ses lèvres, le froncement de son sourcil, son front et jusqu’aux jolies fossettes de son menton et de ses joues, et son sourire ; la forme même de sa main, de ses ongles, de ses doigts.—Et toi, nature, bonne déesse, qui l’as formée si ressemblante à celui qui l’a engendrée, si c’est toi qui disposes aussi de l’âme, parmi toutes ses couleurs, qu’il n’y ait pas de jaune[1] ; de peur qu’elle ne soupçonne un jour, comme lui, que ses enfants ne sont pas les enfants de son mari !

LÉONTES.—Méchante sorcière ! —Et toi, imbécile, digne d’être pendu, tu n’arrêteras pas sa langue ?

ANTIGONE.—Si vous faites pendre tous les maris qui ne peuvent accomplir cet exploit, à peine vous laisserez-vous un seul sujet.

LÉONTES.—Encore une fois, emmène-la d’ici.

PAULINE.—Le plus méchant et le plus dénaturé des époux ne peut faire pis.

LÉONTES.—Je te ferai brûler vive.

  1. Couleur de la jalousie.