Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/371

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je vous le promets. Si je ne fais pas succéder à cette filouterie un autre escamotage, et si des tondeurs je ne fais pas de vrais moutons, je consens à être effacé du registre, et que mon nom soit enregistré sur le livre de la probité.

Trotte, trotte par le sentier,

Un cœur joyeux va tout le jour ;

Un cœur triste est las au bout d’un mille.

(Il s’en va.)


Scène III

La cabane du berger.

Entrent FLORIZEL ET PERDITA.

FLORIZEL.—Cette parure inaccoutumée donne une nouvelle vie à chacun de vos charmes. Vous n’êtes point une bergère : c’est Flore, se laissant voir à l’entrée d’avril : —cette fête de la tonte me paraît une assemblée de demi-dieux, et vous en êtes la reine.

PERDITA.—Mon aimable prince, il ne me sied pas de blâmer vos éloges exagérés ; ah ! pardonnez, si j’en parle ainsi : vous, l’objet illustre des regards de la contrée, vous vous êtes éclipsé sous l’humble habit d’un berger ; et moi, pauvre et simple fille, je suis parée comme une déesse. Si ce n’est que nos fêtes sont toujours marquées par la folie, et que les convives avalent tout par la coutume, je rougirais de vous voir dans cet appareil, et de me voir moi, dans le miroir : votre rang vous met à l’abri de la crainte.

FLORIZEL.—Je bénis le jour où mon bon faucon a pris son vol au travers des métairies de votre père.

PERDITA.—Veuille Jupiter vous en donner sujet : pour moi, la différence entre nous me remplit de terreurs. Votre Grandeur n’a pas été accoutumée à la crainte. Je tremble en ce moment même à la seule idée que votre père, conduit par quelque hasard, vienne à passer par ici, comme vous avez fait. O fatalité ! De quel œil verraitil