Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/372

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son noble ouvrage si pauvrement relié ! Que dirait-il ? ou comment soutiendrais-je moi, au milieu de mes splendeurs empruntées, le regard sévère de son auguste présence ?

FLORIZEL.—Ne songez qu’au plaisir. Les dieux eux-mêmes, soumettant leur divinité à l’amour, ont emprunté la forme des animaux : Jupiter s’est métamorphosé en taureau, et a poussé des gémissements ; le verdâtre Neptune est devenu bélier, et a fait entendre ses bêlements ; et le dieu vêtu de feu, Apollon doré, s’est fait humble berger, tel que je parais être maintenant ; jamais leurs métamorphoses n’eurent pour objet une plus rare beauté, ni des intentions aussi chastes. Mes désirs ne dépassent pas mon honneur, et mes sens ne sont pas plus ardents que ma bonne foi.

PERDITA.—Oui, mais, cher prince, votre résolution ne pourra tenir, quand une fois il lui faudra essuyer, comme cela est inévitable, toute l’opposition de la puissance du roi ; et alors ce sera une alternative nécessaire, ou que vous changiez de dessein, ou que je cesse de vivre.

FLORIZEL.—Chère Perdita, je t’en conjure, n’assombris point, par ces réflexions forcées, la joie de la fête. Ou je serai à toi, ma belle, ou je ne serai plus à mon père ; car je ne puis être à moi, ni à personne, si je ne suis pas à toi. C’est à cela que je resterai fidèle, quand les destins diraient non ! Sois tranquille et joyeuse ; étouffe ces pensées importunes par tout ce que tu vas voir tout à l’heure. Voilà vos hôtes qui viennent ; prenez un air gai, comme si c’était aujourd’hui le jour de la célébration de ces noces, que nous nous sommes tous deux juré d’accomplir un jour.

PERDITA.—O fortune, sois-nous favorable !

(Entrent le berger, son fils, Mopsa, Dorcas, valets, Polixène et Camillo déguisés.)

FLORIZEL, à Perdita.—Voyez : vos hôtes s’avancent ; préparez-vous à les recevoir gaiement, et que nos visages soient colorés par l’allégresse.

LE BERGER, à Perdita.—Fi donc ! ma fille. Quand ma