Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/374

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notre jardin rustique, et je ne me soucie pas de m’en procurer des boutures.

POLIXÈNE.—Pourquoi, belle fille, les méprisez-vous ainsi ?

PERDITA.—C’est que j’ai ouï-dire qu’il y a un art qui, pour les bigarrer, en partage l’ouvrage avec la grande créatrice, la nature.

POLIXÈNE.—Eh bien ! quand cela serait, il est toujours vrai qu’il n’est point de moyen de perfectionner la nature sans que ce moyen soit encore l’ouvrage de la nature. Ainsi, au-dessus de cet art que vous dites ajouter à la nature, il est un art qu’elle crée : vous voyez, charmante fille, que tous les jours nous marions une tendre tige avec le tronc le plus sauvage, et que nous savons féconder l’écorce du plus vil arbuste par un bouton d’une race plus noble ; ceci est un art que perfectionne la nature, qui la change plutôt : l’art lui-même est encore la nature.

PERDITA.—Cela est vrai.

POLIXÈNE.—Enrichissez donc votre jardin de giroflées, et ne les traitez plus de bâtardes.

PERDITA.—Je n’enfoncerai jamais le plantoir dans la terre pour y mettre une seule tige de leur espèce, pas plus que je ne voudrais, si j’étais peinte, que ce jeune homme me dît que c’est bien et qu’il ne désirât m’épouser que pour cela.—Voici des fleurs pour vous : la chaude lavande, la menthe, la sauge, la marjolaine et le souci, qui se couche avec le soleil et se lève avec lui en pleurant. Ce sont les fleurs de la mi-été, et je crois qu’on les donne aux hommes d’un certain âge. Vous êtes les très-bienvenus.

CAMILLO.—Si j’étais un de vos moutons, je cesserais de paître et je ne vivrais que du plaisir de vous contempler.

PERDITA.—Allons donc ! Hélas ! vous deviendriez bientôt si maigre que le souffle des vents de janvier vous traverserait de part en part. (A Florizel.) Et vous, mon bon ami, je voudrais bien avoir quelques fleurs de printemps qui pussent convenir à votre jeunesse ; et pour vous aussi, bergères, qui portez encore votre virginité sur vos