Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/382

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le moins souple des trois ne saute pas moins de douze pieds et demi en carré.

LE BERGER.—Cesse ton babil ; puisque cela plaît à ces honnêtes gens, qu’ils viennent ; mais qu’ils se dépêchent.

LE VALET.—Hé ! ils sont à la porte, mon maître.

(Ici les douze satyres paraissent et exécutent leur danse.)

POLIXÈNE, à part.—Oh ! bon père, tu en sauras davantage dans la suite.—Cela n’a-t-il pas été trop loin ? —Il est temps de les séparer.—Le bonhomme est simple, il en dit long.—(A Florizel.) Eh bien ! beau berger, votre cœur est plein de quelque chose qui distrait votre âme du plaisir de la fête.—Vraiment, quand j’étais jeune et que je filais l’amour comme vous faites, j’avais coutume de charger ma belle de présents : j’aurais pillé le trésor de soie du colporteur, et l’aurais prodigué dans les mains de ma belle.—Vous l’avez laissé partir, et vous n’avez fait aucun marché avec lui. Si votre jeune fille allait l’interpréter mal, et prendre cet oubli pour un défaut d’amour ou de générosité, vous seriez fort embarrassé au moins pour la réponse, si vous tenez à conserver son attachement.

FLORIZEL.—Mon vieux monsieur, je sais qu’elle ne fait aucun cas de pareilles bagatelles. Les cadeaux qu’elle attend de moi sont emballés et enfermés dans mon cœur, dont je lui ai déjà fait don, mais que je ne lui ai pas encore livré. (A Perdita.) Ah ! écoute-moi prononcer le vœu de ma vie devant ce vieillard, qui, à ce qu’il semble, aima jadis : je prends ta main, cette main aussi douce que le duvet de la colombe, et aussi blanche qu’elle, ou que la dent d’un Éthiopien et la neige pure repoussée deux fois par le souffle impétueux du nord.

POLIXÈNE.—Que veut dire ceci ? Comme ce jeune berger semble laver avec complaisance cette main qui était déjà si blanche auparavant ! —Je vous ai interrompu.—Mais revenez à votre protestation : que j’entende votre promesse.

FLORIZEL.—Écoutez, et soyez-en témoin.

POLIXÈNE.—Et mon voisin aussi que voilà ?

FLORIZEL.—Et lui aussi, et d’autres que lui, et tous les