Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1863, tome 4.djvu/389

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


FLORIZEL.—Je vous suis obligé, cette idée a de la sève.

CAMILLO.—C’est une marche qui promet mieux que de vous dévouer inconsidérément à des mers infréquentées, à des rivages inconnus, avec la certitude de rencontrer une foule de misères, sans aucun espoir de secours ; pour sortir d’une infortune, afin d’être assailli par une autre ; n’ayant rien de certain que vos ancres, qui ne peuvent vous rendre de meilleur service que celui de vous fixer dans des lieux où vous serez fâché d’être. D’ailleurs, vous le savez, la prospérité est le plus sûr lien de l’amour ; l’affliction altère à la fois la fraîcheur et le cœur.

PERDITA.—L’un des deux est vrai ; je pense que l’adversité peut flétrir les joues, mais elle ne peut atteindre le cœur.

CAMILLO.—Oui-da ! dites-vous cela ? il ne sera point né dans la maison de votre père, depuis sept années, une autre fille comparable à vous.

FLORIZEL.—Mon cher Camillo, elle est autant en avant de son éducation, qu’elle est en arrière par la naissance.

CAMILLO.—Je ne puis dire qu’il soit dommage qu’elle manque d’instruction ; car elle me paraît être la maîtresse de la plupart de ceux qui instruisent les autres.

PERDITA.—Pardonnez, monsieur, ma rougeur vous exprimera mes remerciements.

FLORIZEL.—Charmante Perdita ! —Mais, sur quelles épines nous sommes placés ! Camillo, vous, le sauveur de mon père, et maintenant le mien, le médecin de notre maison, comment ferons-nous ? Nous ne sommes pas équipés comme doit l’être le fils du roi de Bohême, et nous ne pourrons pas paraître en Sicile…

CAMILLO.—Seigneur, n’ayez point d’inquiétude là-dessus. Vous savez, je crois, que toute ma fortune est située dans cette île ; ce sera mon soin que vous soyez entretenu en prince, comme si le rôle que vous devez jouer était le mien. Et, seigneur, comme preuve que vous ne pourrez manquer de rien… un mot ensemble.

(Ils se parlent à l’écart.)

(Entre Autolycus.)