Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Guizot, Didier, 1864, tome 1.djvu/427

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vos frères rugissaient de peur, et prenaient la fuite au bruit de nos propres tambours.

ménénius.—Oh ! dieux : ne parlez pas de cela. Il faut les prier de se souvenir de vous.

coriolan.—Eux, se souvenir de moi ! Que l’enfer les engloutisse ! Je désire qu’ils m’oublient, comme ils oublient les vertus que nos prêtres leur recommandent en pure perte.

ménénius.—Vous gâterez tout.—Je vous laisse. Parlez-leur, je vous prie, comme il convient à votre but ; encore une fois, je vous en conjure. (Il sort.)

(Deux citoyens approchent.)

coriolan.—Dites-leur donc de se laver la figure, et de se nettoyer les dents.—Ah ! j’en vois deux qui s’avancent. —Vous savez pourquoi je suis ici debout.

premier citoyen.—Oui, nous le savons. Dites-nous pourtant ce qui vous y conduit ?

coriolan.—Mon mérite.

second citoyen.—Votre mérite ?

coriolan.—Oui ; et non pas ma volonté.

premier citoyen.—Pourquoi pas votre volonté ?

coriolan.—Non, ce ne fut jamais ma volonté d’importuner le pauvre pour lui demander l’aumône.

premier citoyen.—Vous devez penser que, si nous vous accordons quelque chose, c’est dans l’espoir de gagner avec vous.

coriolan.—Fort bien. À quel prix, s’il vous plaît, voulez-vous m’accorder le consulat ?

premier citoyen.—Le prix, c’est de le demander honnêtement.

coriolan.—Honnêtement ? —Accordez-le moi, je vous prie. J’ai des blessures à faire voir, que je pourrais vous montrer en particulier. Eh bien ! vous, donnez-moi votre bonne voix. Que me répondez-vous ?

second citoyen.—Vous l’aurez, digne Coriolan.

coriolan.—J’y compte. Voilà déjà deux excellentes voix ! J’ai votre aumône : adieu.

premier citoyen.—Cette manière est un peu bizarre.