Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/51

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» Entre tous les amis de Fengon, y en avait un qui sur tout autre se doutait des ruses et subtilités de ce fou dissimulé, et lequel, pour cette raison, dit qu’il était impossible qu’un galant si rusé que ce plaisant qui contrefaisait le fou, fût découvert avec des subtilités si communes et lesquelles on pouvait aisément découvrir : et que pour ainsi il fallait inventer quelque moyen plus accort et subtil, et où l’astuce fût effrayante et l’attrait si fort, que le galant n’y sût user de ses accoutumées dissimulations. De ceci il se disait savoir une voie propre pour exécuter leur dessein et lui faire de lui-même se prendre au filet et déclarer quelles sont les conceptions de son âme.

» Il faut, dit-il, que le roi Fengon feigne s’en aller en quelque voyage pour quelque affaire de grande importance, et que, cependant, on enferme Amleth seul avec sa mère, dans une chambre, dans laquelle soit caché quelqu’un à l’insu de l’un et de l’autre, pour ouïr et sentir leurs propos et les complots qu’il prendront pour les desseins bâtis par ce fol, sage et rusé compagnon.

» Assurant le Roi que, s’il y avait rien de sage ni arrêté en l’esprit du jeune homme, que facilement il se découvrirait à sa mère, sans craindre rien, et qu’il ferait son conseil et délibération à la foi et loyauté de celle qui l’avait porté en ses flancs et nourri avec si grande diligence, celui-là même s’offrit pour être l’espion et témoin des propos du fils avec la mère, afin qu’on ne l’estimât tel qui donnait un conseil duquel il refusât être l’exécuteur pour servir son prince.

» Le Roi prit grand plaisir à cette invention, comme le seul souverain remède pour guérir le prince de sa folie : et ainsi, en feignant un long voyage, sort du palais et s’en va promener à la chasse, là où cependant le conseiller entra secrètement en la chambre de la Reine, se