Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1865, tome 1.djvu/50

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plus mignardes et attrapantes, desquelles elle se pourrait aviser.

» Ainsi furent députés quelques courtisans pour mener le prince en quelque lieu écarté dans le bois, et lesquels lui présentassent cette femme, l’excitant à se souiller à ses baisers et embrassements, artifice assez fréquent de notre temps, non pour essayer si les grands sont hors de leurs sens, mais pour les priver de force, vertu et sagesse, par le moyen de ces sangsues et infernales lamies, produites par leurs serviteurs, ministres de corruption. Le pauvre prince eût été en danger de succomber à cet assaut, si un gentilhomme, qui du vivant de Horwendille avait été nourri avec lui, ne se fût plus montré ami de la nourriture prise avec Amleth, qu’affectionné à la puissance du tyran ; lequel s’accompagna des courtisans députés pour cette trahison, plus avec délibération d’instruire le prince de ce qu’il avait à faire, que pour lui dresser des embûches et le trahir, estimant que le moindre indice qu’il donnerait de son bon sens suffirait pour lui faire perdre la vie.

» Celui-ci, avec certains signes, fit entendre à Amleth en quel péril est-ce qu’il se mettait, si en sorte aucune il obéissait aux mignardes caresses et mignotises de la damoiselle envoyée par son oncle : ce que étonnant le prince, ému de la beauté de la fille, fut par elle assuré encore de la trahison : car elle l’aimait dès son enfance et eût été bien marrie de son désastre et fortune et plus de sortir de ses mains sans jouir de celui qu’elle aimait plus que soi-même.

» Ayant le jeune seigneur trompé les courtisans, et la fille soutenant qu’il ne s’était avancé en sorte aucune à la violer, quoiqu’il dît du contraire, chacun s’assura que véritablement il était insensé et que son cerveau n’avait force quelconque capable d’appréhension raisonnable.