Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 4.djvu/399

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Miséricorde ! un nourrisson ! un très-joli nourrisson ! Un garçon ou une fille ; voyons donc ? Une jolie petite ? Une très-jolie petite ! Pour sûr, c’est quelque escapade ; quoique je ne sois pas savant, pourtant je puis lire là l’escapade de quelque suivante de bonne maison. C’est quelque besogne d’escalier, de vestiaire ou d’antichambre. Ceux qui l’ont faite avaient plus chaud que le pauvre être que voici. Je veux la recueillir par pitié ; pourtant j’attendrai que mon fils vienne. Je viens d’entendre son cri d’appel. Holà ! ho ! Holà !


Arrive le clown.

LE CLOWN.

Hillo ! Io !


LE BERGER.

Quoi ! tu étais si près ? Si tu veux voir une chose dont tu parleras encore quand tu seras mort ou pourri, viens ici. Qu’éprouves-tu donc, mon brave ?


LE CLOWN.

Oh ! j’ai vu deux spectacles si émouvants, sur terre et sur mer… Mais non, je ne dois pas appeler ça la mer, il n’y a plus que le ciel ; car entre le firmament et la mer vous ne pourriez pas passer une pointe d’aiguille.


LE BERGER.

Allons, mon garçon, qu’est-ce que c’est ?


LE CLOWN.

Je voudrais que vous eussiez seulement vu comme elle gronde, comme elle rage, comme elle bat le rivage ! Mais ce n’est pas là ce dont il s’agit !… Oh ! le cri lamentable de ces pauvres âmes ! Tantôt on les voyait, tantôt on ne les voyait plus ; dans un moment, le navire allait percer la lune de son grand mât ; et, dans l’autre, il était avalé par le remou et par l’écume, comme un bouchon que vous jetteriez dans une cuve… Passons maintenant au