Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/15

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rescousse le roi des Libyens Bocchus, le roi de la Haute-Cilicie Tarcodemus, le roi de Cappadoce Archélaüs, le roi de Paphlagonie Philadelphus, le roi de Commagène Mithridate, le roi de Thrace Adallas, le roi de Pont Polémon, le roi d’Arabie Manchus, le roi des Lycaoniens et des Galathes Amynthas, le roi des Juifs Hérode, et enfin le roi des Mèdes. Pour défendre les droits de la femme légitime, ce ne sera pas trop de quatre-vingt mille vétérans, de douze mille chevaux et de deux cent cinquante vaisseaux ; l’Italie, l’Espagne, la Gaule enverront leurs légions, et l’Europe s’ébranlera depuis l’Esclavonie jusqu’à la mer Océane — Ô logique surprenante des faits ! Se peut-il qu’une cause aussi mince ait d’aussi énormes résultats ! Pour soulever le globe, le sourire d’une vierge folle est-il donc un levier suffisant ?

Quoi ! parce qu’un homme s’est amouraché d’une fille, parce qu’il s’est affolé d’un profil équivoque, voilà la guerre universelle allumée. Il faut que partout les mères pleurent leurs enfants, que partout les fiancés s’arrachent à leurs fiancées, que partout les cœurs se déchirent. La corvée enlève le laboureur à son sillon, le paysan à sa cabane, le berger à son troupeau. La presse dépeuple les maisons pour peupler les galères ; on prend de force, — c’est Plutarque qui le raconte, — les muletiers, les moissonneurs, les voyageurs qui passent ; le désert envahit les cités ; la Guerre et le Chaos courent à travers champs, la torche à la main ; le ciel s’empourpre de lueurs sinistres : ce sont les hameaux qu’on brûle, ce sont les escadres qu’on incendie. — L’Orient et l’Occident, après s’être longtemps défiés, se rencontrent. Le choc a lieu devant le promontoire d’Actium. L’Orient recule devant l’Occident. À peine le combat a-t-il commencé que Cléopâtre effarée s’enfuit ; pour rejoindre sa maîtresse, Antoine s’enfuit à son tour ; il laisse à Octave