Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/307

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Scène XI (85).


[La cellule de Frère Laurence.]


Entrent Frère Laurence et Roméo.

LAURENCE.

— Veuille le ciel sourire à cet acte pieux, — et puisse l’avenir ne pas nous le reprocher par un chagrin !


ROMÉO.

— Amen ! amen ! Mais viennent tous les chagrins possibles, — ils ne sauraient contrebalancer le bonheur — que me donne la plus courte minute passée en sa présence. — Joins seulement nos mains avec les paroles saintes, — et qu’alors la mort, vampire de l’amour, fasse ce qu’elle ose : — c’est assez que Juliette soit mienne !


LAURENCE.

— Ces joies violentes ont des fins violentes, — et meurent dans leur triomphe : flamme et poudre, — elles se consument en un baiser. Le plus doux miel — devient fastidieux par sa suavité même, — et détruit l’appétit par le goût : — aime donc modérément : modéré est l’amour durable : — la précipitation n’atteint pas le but plus tôt que la lenteur…


Entre Juliette.

LAURENCE.

— Voici la dame ! Oh ! jamais un pied aussi léger — n’usera la dalle éternelle : — les amoureux pourraient chevaucher sur ces fils de la vierge — qui flottent au souffle ardent de l’été, — et ils ne tomberaient pas : si légère est toute vanité !