Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/319

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n’a pas encore joui de moi. Fastidieuse journée, — lente comme la nuit l’est, à la veille d’une fête, — pour l’impatiente enfant qui a une robe neuve — et ne peut la mettre encore ! Oh ! voici ma nourrice…


Entre la nourrice, avec une échelle de corde.

JULIETTE.

Elle m’apporte des nouvelles ; chaque bouche qui me parle — de Roméo, me parle une langue céleste… — Eh bien, nourrice, quoi de nouveau ?… Qu’as-tu là ? l’échelle de corde — que Roméo t’a dit d’apporter ?


LA NOURRICE.

Oui, oui, l’échelle de corde !

Elle laisse tomber l’échelle avec un geste de désespoir

JULIETTE.

— Mon Dieu ! que se passe-t-il ? Pourquoi te tordre ainsi les mains ?


LA NOURRICE.

— Ah ! miséricorde ! il est mort, il est mort, il est mort ! — Nous sommes perdues, madame, nous sommes perdues ! — Hélas ! quel jour ! C’est fait de lui, il est tué, il est mort !


JULIETTE.

— Le Ciel a-t-il pu être aussi cruel ?


LA NOURRICE.

Roméo l’a pu, — sinon le ciel… Ô Roméo ! Roméo ! — Qui l’aurait jamais cru ? Roméo !


JULIETTE.

— Quel démon es-tu pour me torturer ainsi ? — C’est un supplice à faire rugir les damnés de l’horrible enfer. — Est-ce que Roméo s’est tué ? Dis-moi oui seulement, — et ce simple oui m’empoisonnera plus vite — que le regard meurtrier du basilic. — Je cesse d’exister s’il me