Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1868, tome 7.djvu/371

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rester près de toi, et ne plus sortir de ce sinistre palais de la nuit ; — ici, ici, je veux rester — avec ta chambrière, la vermine ! Oh ! c’est ici — que je veux fixer mon éternelle demeure — et soustraire au joug des étoiles ennemies — cette chair lasse du monde…

Tenant le corps embrassé.

Un dernier regard, mes yeux ! — bras, une dernière étreinte ! et vous, lèvres, vous, — portes de l’haleine, scellez par un baiser légitime — un pacte indéfini avec le sépulcre accapareur !

Saisissant la fiole.

— Viens, amer conducteur, viens, âcre guide. — Pilote désespéré, vite ! lance — sur les brisants ma barque épuisée par la tourmente ! — À ma bien-aimée !

Il boit le poison.

Oh ! l’apothicaire ne m’a pas trompé : — ses drogues sont actives… Je meurs ainsi… sur un baiser (135) !

Il expire en embrassant Juliette.


Frère Laurence paraît à l’autre extrémité du cimetière, avec une lanterne, un levier et une bêche.

LAURENCE.

— Saint François me soit en aide ! Que de fois cette nuit — mes vieux pieds se sont heurtés à des tombes (136) !

Il rencontre Balthazar étendu à terre.

Qui est là ?


BALTHAZAR, se relevant.

— Un ami ! quelqu’un qui vous connaît bien.


LAURENCE, montrant le tombeau des Capulets.

— Soyez béni !… Dites-moi, mon bon ami, — quelle est cette torche là-bas qui prête sa lumière inutile — aux larves et aux crânes sans yeux ? Il me semble — qu’elle brûle dans le monument des Capulets.